Lettre à Emmanuel Macron

La lettre de l’historien israélien à Emmanuel Macron

Saoudi Abdelaziz 20 Juillet 2017 0
MONDE, Les références
Shlomo Sand. Photo DR
Shlomo Sand. Photo DR

Lettre ouverte à M. le Président de la République française

Shlomo Sand, historien israélien
(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

En commençant à lire votre discours sur la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, j’ai éprouvé de la reconnaissance envers vous. En effet, au regard d’une longue tradition de dirigeants politiques, de droite, comme de gauche, qui, au passé et au présent, se sont défaussés quant à la participation et à la responsabilité de la France dans la déportation des personnes d’origine juive vers les camps de la mort, vous avez pris une position claire et dénuée d’ambiguïté : oui la France est responsable de la déportation, oui il y a bien eu un antisémitisme, en France, avant et après la seconde guerre mondiale. Oui, il faut continuer à combattre toutes les formes de racisme. J’ai vu ces positions comme étant en continuité avec votre courageuse déclaration faite en Algérie, selon laquelle le colonialisme constitue un crime contre l’humanité.

Pour être tout à fait franc, j’ai été plutôt agacé par le fait que vous ayez invité Benjamin Netanyahou, qui est incontestablement à ranger dans la catégorie des oppresseurs, et ne saurait donc s’afficher en représentant des victimes d’hier. Certes, je connais depuis longtemps l’impossibilité de séparer la mémoire de la politique. Peut-être déployez-vous une stratégie sophistiquée, encore non révélée, visant à contribuer à la réalisation d’un compromis équitable, au Proche-Orient ?

J’ai cessé de vous comprendre lorsqu’au cours de votre discours, vous avez déclaré que :

« L’antisionisme… est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Cette déclaration avait-elle pour but de complaire à votre invité, ou bien est-ce purement et simplement une marque d’inculture politique ? L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? Je fais ici référence à presque tous les anciens grands rabbins, mais aussi, aux prises de position d’une partie du judaïsme orthodoxe contemporain. J’ai également en mémoire des personnalités telles Marek Edelman, l’un des dirigeants rescapé de l’insurrection du ghetto de Varsovie, ou encore les communistes d’origine juive, résistants du groupe Manouchian, qui ont péri. Je pense aussi à mon ami et professeur : Pierre Vidal-Naquet, et à d’autres grands historiens ou sociologues comme Eric Hobsbawm et Maxime Rodinson dont les écrits et le souvenir me sont chers, ou encore à Edgar Morin.

Enfin, je me demande si, sincèrement, vous attendez des Palestiniens qu’ils ne soient pas antisionistes !

Je suppose, toutefois, que vous n’appréciez pas particulièrement les gens de gauche, ni, peut-être, les Palestiniens ; aussi, sachant que vous avez travaillé à la banque Rothschild, je livre ici une citation de Nathan Rothschild, président de l’union des synagogues en Grande-Bretagne, et premier juif à avoir été nommé Lord au Royaume Uni, dont il devint également la gouverneur de la banque. Dans une lettre adressée, en 1903, à Théodore Herzl, le talentueux banquier écrit : « Je vous le dis en toute franchise : je tremble à l’idée de la fondation d’une colonie juive au plein sens du terme. Une telle colonie deviendrait un ghetto, avec tous les préjugés d’un ghetto. Un petit, tout petit, Etat juif, dévot et non libéral, qui rejettera le Chrétien et l’étranger. » Rothschild s’est, peut-être, trompé dans sa prophétie, mais une chose est sûre, cependant : il n’était pas antisémite !

Il y a eu, et il y a, bien sûr, des antisionistes qui sont aussi des antisémites, mais je suis également certain que l’on trouve des antisémites parmi les thuriféraires du sionisme. Je puis aussi vous assurer que nombre de sionistes sont des racistes dont la structure mentale ne diffère pas de celle de parfaits judéophobes : ils recherchent sans relâche un ADN juif (ce, jusqu’à l’université où j’enseigne).

Pour clarifier ce qu’est un point de vue antisioniste, il importe, cependant, de commencer par convenir de la définition, ou, à tout le moins, d’une série de caractéristiques du concept : « sionisme » ; ce à quoi, je vais m’employer le plus brièvement possible.

Tout d’abord, le sionisme n’est pas le judaïsme, contre lequel il constitue même une révolte radicale. Tout au long des siècles, les juifs pieux ont nourri une profonde ferveur envers leur terre sainte, plus particulièrement pour Jérusalem, mais ils s’en sont tenus au précepte talmudique qui leur intimait de ne pas y émigrer collectivement, avant la venue du Messie. En effet, la terre n’appartient pas aux juifs mais à Dieu. Dieu a donné et Dieu a repris, et lorsqu’il le voudra, il enverra le Messie pour restituer. Quand le sionisme est apparu, il a enlevé de son siège le « Tout Puissant », pour lui substituer le sujet humain actif.

Chacun de nous peut se prononcer sur le point de savoir si le projet de créer un Etat juif exclusif sur un morceau de territoire ultra-majoritairement peuplé d’Arabes, est une idée morale. En 1917, la Palestine comptait 700.000 musulmans et chrétiens arabes et environ 60.000 juifs dont la moitié étaient opposés au sionisme. Jusqu’alors, les masses du peuple yiddish, voulant fuir les pogroms de l’empire Russe, avaient préféré émigrer vers le continent américain, que deux millions atteignirent effectivement, échappant ainsi aux persécutions nazies (et à celles du régime de Vichy).

En 1948, il y avait en Palestine : 650 000 juifs et 1,3 million de musulmans et chrétiens arabes dont 700.000 devinrent des réfugiés : c’est sur ces bases démographiques qu’est né l’Etat d’Israël. Malgré cela, et dans le contexte de l’extermination des juifs d’Europe, nombre d’antisionistes sont parvenus à la conclusion que si l’on ne veut pas créer de nouvelles tragédies, il convient de considérer l’Etat d’Israël comme un fait accompli irréversible. Un enfant né d’un viol a bien le droit de vivre, mais que se passe-t-il si cet enfant marche sur les traces de son père ?

Et vint l’année 1967 : depuis lors Israël règne sur 5,5 millions de Palestiniens, privés de droits civiques, politiques et sociaux. Ils sont assujettis par Israël à un contrôle militaire : pour une partie d’entre eux, dans une sorte de « réserve d’Indiens » en Cisjordanie, tandis que d’autres sont enfermés dans un « réserve de barbelés » à Gaza (70% de ceux-ci sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés). Israël, qui ne cesse de proclamer son désir de paix, considère les territoires conquis en 1967 comme faisant intégralement partie de « la terre d’Israël », et s’y comporte selon son bon vouloir : jusqu’à présent, 600 000 colons israéliens juifs y ont été installés….et cela n’est pas terminé !

Est-cela le sionisme d’aujourd’hui ? Non ! Répondront mes amis de la gauche sioniste qui ne cesse de se rétrécir, et ils diront qu’il faut mettre fin à la dynamique de la colonisation sioniste, qu’un petit Etat palestinien étroit doit être constitué à côté de l’Etat d’Israël, que l’objectif du sionisme était de fonder un Etat où les juifs exerceront la souveraineté sur eux-mêmes, et non pas de conquérir dans sa totalité « l’antique patrie ». Et le plus dangereux dans tout cela, à leurs yeux : l’annexion des territoires occupé constitue une menace pour Israël en tant qu’Etat juif.

Voici précisément le moment de vous expliquer pourquoi je vous écris, et pourquoi, je me définis comme non-sioniste, ou antisioniste, sans pour autant devenir antijuif. Votre parti politique inscrit, dans son intitulé : « La République », c’est pourquoi je présume que vous êtes un fervent républicain. Et dussé-je vous étonner : c’est aussi mon cas. Donc, étant démocrate et républicain, je ne puis, comme le font sans exception tous les sionistes, de droite comme de gauche, soutenir un Etat juif. Le Ministère de l’Intérieur israélien recense 75% de ses citoyens comme juifs, 21% comme musulmans et chrétiens arabes et 4% comme « autres » (sic). Or, selon l’esprit de ses lois, Israël n’appartient pas à l’ensemble des Israéliens, mais aux juifs du monde entier qui n’ont pas l’intention de venir y vivre.

Ainsi, par exemple, Israël appartient beaucoup plus à Bernard Henry-Lévy et à Alain Finkielkraut qu’à mes étudiants palestino-israéliens qui s’expriment en hébreu, parfois mieux que moi-même ! Israël espère aussi qu’un jour viendra où tous les gens du CRIF, et leurs « supporters » y émigreront ! Je connais même des français antisémites que cette perspective enchante ! En revanche, on a pu entendre deux ministres israéliens, proches de Benjamin Nétanyahou, émettre l’idée selon laquelle il faut encourager le « transfert » des Israéliens arabes, sans que personne n’ait émis la demande qu’ils démissionnent de leurs fonctions.

Voilà pourquoi, Monsieur le Président, je ne peux pas être sioniste. Je suis un citoyen désireux que l’Etat dans lequel il vit soit une République israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. Descendant de juifs qui ont tant souffert de discriminations, je ne veux pas vivre dans un Etat, qui, par son autodéfinition, fait de moi un citoyen doté de privilèges. A votre avis, Monsieur le Président : cela fait-il de moi un antisémite ?

Source : Les invités de Mediapart

الإعلانات

نحو ويستفاليا عربية

 

 نحو ويستفاليا عربية/ القدس العربي

د. مدى الفاتح

Nov 02, 2016

لا شك أن اليوم الذي تم فيه إقرار مبدأ عدم التدخل في الشؤون الداخلية للدول كان مميزاً بالنسبة لتاريخ العلاقات الدولية، فقد كان يهدف لإنهاء تلك الحالة من الفوضى وتلك الحروب المستعرة التي لا تعرف حدوداً ولا تراعي حقوقاً للجار، بل تؤمن بالتمدد المستمر على حساب كل منطقة ضعيفة أو هشة بذريعة حماية المصالح أو الأقليات الدينية، أو لأي من الأسباب التي قد تكون أحياناً تافهة.
مفهوم «عدم التدخل» هو مفهوم حديث نسبياً فهو يرتبط بوجود دول ذات حدود معلنة، وهذه النقطة الأخيرة لم تتوفر إلا في القرون الأخيرة، أما قبل ذلك فلم تكن هنالك حدود بالمعنى الحديث وكانت الدول تقف عندما تعجز عن ضم المزيد وتتناقص مساحاتها تبعاً لضعفها وتآكلها.
ويستفاليا هي الاتفاقية التي أنهت إحدى أشرس الحروب الدينية في أوروبا، ونعني بذلك الحرب التي وقعت في القرن السابع عشر (1618-1648) والتي حصدت ملايين الضحايا. في الواقع فإن تلك الحرب لم تكن سوى امتداد لحروب طويلة بين الطوائف المسيحية المختلفة، التي حرص فيها كل طرف على إجبار الآخرين على اتباع طريقه.
كانت الاتفاقية التي جاءت بعد سلسلة طويلة من المشاورات إنجازاً تاريخياً مهماً، بتركيزها على ثلاثة مبادئ هي أولاً: إقرار الفصل بين السياسة الداخلية والخارجية، الأمر الذي لا يتأتى إلا بالتشديد على عدم التدخل في شؤون الغير، خاصة الشؤون الدينية، وثانياً: الاتفاق على أن حاكم كل أمة هو من يحدد ديانة من يحكمهم، فلا يجوز مساعدة اتباع دين معينّ أو طائفة على الثورة أو محاولة تغيير نظام الحكم، ثم يأتي المبدأ الثالث الذي سيكتسب أهمية خاصة وهو المتعلق بمبدأ الدفاع الجماعي والمشترك.
منذ ذلك الوقت تطور الأمر ليصبح التدخل في شؤون الدول الأخرى خطيئة كبرى واتهاماً يسرع الجميع لنفيه والتبرؤ منه، فأصبح، على عكس ما كان في السابق، من غير المقبول إعلان نية التدخل السياسي أو العسكري في شؤون دولة مجاورة أو بعيدة ومهما كانت الأسباب.
هكذا ومع ويستفاليا تشكلت القناعة الجديدة لدى الدول الأوروبية بعبثية الصراع البيني، بمعنى الصراع فيما بينها كدول كبرى ومتحضرة. وكان من أهم نتائجها اقتناع عدد من الفلاسفة والمفكرين بأن أكبر أخطاء الماضي كانت المحاولة الدائمة للتنافس طمعاً في الثروات المادية والبشرية داخل الحزام الأوروبي. دعا أولئك المفكرون للبحث عن إطار جديد يقوم على التعاون والتشارك عوضاً عن التنافس المحموم الذي يفضي إلى الحرب والتدمير، ومن هنا يمكن القول إن روح ويستفاليا كانت حاضرة مع الأوروبيين وهم يصنعون اتحادهم الحديث والكبير. كان من المعروف بالنسبة للجميع أن سبب الحروب التاريخية الكبرى كان المساعي المستمرة للتدخل عبر حدود الدول الأخرى طمعاً في السيطرة وخدمة المصالح، لكن الجديد كان الاتفاق على طي تلك الصفحة والانتقال من «الحالة الغابية» إلى حالة أكثر احتراماً وإنسانية.
ويستفاليا ستساهم في وحدة أوروبا وفي ولادة دول مترامية قوية كألمانيا التي لم تكن إبان الحرب إلا مجرد مقاطعات متفرقة بائسة ومتناحرة. هذا التوحيد في الرؤى سيكون مهماً من أجل تنسيق الجهود الأوروبية التي أرادت التفرغ لمواجهة تهديد الامبراطورية العثمانية. هذه الوصفة الجديدة لم تنجح، بطبيعة الحال، كحل أبدي لصراعات الدول الكبرى ولم تستطع الصمود أمام النهم الأوروبي للموارد بعد الثورة الصناعية، ذلك النهم الذي تحول لحرب عالمية كبرى لا تبقي ولا تذر. كانت تلك الحروب العالمية الدموية نكسة كبيرة لتراث التفاهمات السياسية ومشاريع تنسيق جهود الدول الكبرى التي بدأت منذ عهد ويستفاليا. الاتفاقية المهمة ستجرفها الأطماع السياسية للقادة الأوروبيين ورغبتهم غير المحدودة في التوسع والسيطرة على حساب الآخرين، رغم ذلك فإن اسم ويستفاليا ما يزال يرمز للتفاهم ومبدأ حسن الجوار والتعايش المشترك، حتى إن البعض يقول إن الواقع كان سيصبح أكثر مرارة لولا هذا الاتفاق، فقد أنهت تلك المعاهدة تاريخاً طويلاً من محاولات الاستئصال المتبادل بين المذاهب المسيحية، التي كان يكفّر بعضها بعضاً، كما أنهت حقبة سوداء من حقب التاريخ الأوروبي، التي تعلقت بمحاولات استغلال العقيدة والتعصب الطائفي من أجل خدمة المصالح السياسية والأهداف التوسعية.
ولأن هناك شبهاً بين ذلك الواقع التاريخي الأوروبي وبين حالة التجييش الطائفي التي تعيشها المنطقة العربية حالياً فقد دعت طروحات حديثة لاستلهام عقلانية ويستفاليا وتطبيقها على الإقليم الذي تتناوشه الصراعات ذات الأساس المذهبي.
التطبيق هنا لا يعني عملية قص ولصق بسيطة، وليس المطلوب بأي حال محاكاة بنود تلك الاتفاقية وتنزيلها على واقع مغاير ومختلف، فإن ذلك سيبدو كمن يحاول زرع نبتة في غير موطنها ولا بيئتها. ويستفاليا كانت ابنة شرعية للثقافة والتاريخ الأوروبي وقد سبقتها في محاولات رأب الصدع السياسي والاجتماعي عدة اتفاقات مماثلة، كما تلتها اتفاقيات ومعاهدات أخرى لم تؤد فقط لتوحيد أوروبا ولكن لجمع العالم تحت مظلة أممية واحدة. لكن الفائدة التي يمكن الخروج بها من هذه القصة هي أن التصالح ممكن وأن العقل البشري الذي استطاع إنقاذ أرواح الملايين التي كانت تزهق في حروب عبثية وملاحقات هوياتية عبر الحدود الأوروبية، ذلك العقل هو ذاته الموجود اليوم لدى الفرقاء في المنطقة. أما الشيء الوحيد والفارق الأهم بين الحالتين العربية والأوروبية فهو عدم امتلاك القرار السيادي وعدم وجود إرادة حقيقية للتغيير في ظل وجود قيادات وزعامات وهيئات، «وطنية» أحياناً، مستفيدة من تلك الحالة من الفوضى والعبث بدماء الأبرياء.
كاتب سوداني

Un islam français est possible

 

http://www.institutmontaigne.org/fr/publications/un-islam-francais-est-possible

http://www.institutmontaigne.org/res/files/publications/institut_montaigne_-_un_islam_francais_est_possible.pdf

Un islam français est possible R A P P ORT SEPTEM B R E 2 016 Résumé Le fondamentalisme religieux se diffuse avec vigueur sur notre territoire pendant que s’exacerbent les polé- miques autour de l’inscription des signes d’appartenance islamique dans l’espace public, suscitant crispations et angoisses. Ces peurs sont renforcées par une méconnaissance générale des musulmans de France, de leurs aspirations et de leurs pratiques religieuses. Aujourd’hui, le discours sur l’islam et l’image de l’islam sont très largement fabriqués par les djihadistes, les salafistes et les autres émetteurs de discours intégristes. Dans leur majorité, les musulmans de France ne participent pas de cet islam-là. Le portrait de cette majorité silencieuse que dresse l’Institut Montaigne dans ce rapport est inédit en France. La méconnaissance dont elle est l’objet s’explique en grande partie par la difficulté à connaître précisément la sociologie de la population musulmane vivant en France. C’est pour y porter remède qu’une enquête pionnière, aux méthodes rigoureuses, a été conduite avec l’Ifop auprès de plus de 1 000 personnes de confession ou de culture musulmanes. Les discours et les propositions qui émergeront dans le cadre de la campagne présidentielle de 2017 ne manqueront pas d’être alimentés par les préjugés, par la peur, voire par la haine. Il s’agit non seulement de répondre par la connaissance aux défis que les événements tragiques de 2015 et de 2016 ont fait naître, mais aussi d’éclairer les débats à venir d’éléments solides et objectifs. L’Institut Montaigne est convaincu que construire un islam français est possible. Mais son organisation, son financement, ses liens avec l’État ainsi qu’avec les pays dits « d’origine » doivent se transformer sous peine, faute de résultat, de rendre insupportables les tensions sociales que chaque attentat approfondit. Pour cela, cinq mutations majeures doivent être engagées. 1. « Sortir l’islam de France de la minorité » en comprenant, enfin, que les musulmans ne sont ni des mineurs qu’il faut mettre sous tutelle ni des irresponsables toujours divisés qu’il faudrait considérer avec commisération sans jamais les croire capables d’agir efficacement. L’atteinte de cet objectif est conditionnée par deux impératifs. • Mettre fin à la tutelle – longtemps acceptée voire encouragée par la France – d’États étrangers, qui ne tolèreraient en aucune manière sur leur sol ce qu’ils pratiquent en France. Mettre un terme à cette situation nécessite que les flux financiers venus de ces pays ne soient plus dirigés vers « leur » communauté, mais, de façon claire et transparente, vers une organisation reconnue dont les moyens seront utilisés dans l’intérêt de l’ensemble des musulmans de France, quelle que soit leur origine. • Faire émerger de nouveaux cadres, religieux et laïcs, nés en France, soucieux de prendre en main une communauté embryonnaire et de répondre aux très nombreux défis auxquels sont confrontés les musulmans de France. 2. Assurer à l’islam de France des ressources financières transparentes, destinées à un usage collectif, afin de structurer une véritable organisation de l’islam, de salarier les imams et de répondre à « la nouvelle fierté islamique » de nombreux musulmans de France, qui font de l’islam un objet moins religieux qu’identitaire. 3. Contribuer, autant que le permet la loi de 1905, à la lutte contre le discours fondamentaliste, notamment via le financement de la formation culturelle et du travail des aumôniers dans tous les lieux fermés (écoles, prisons, armées, établissements hospitaliers, etc.) et via l’enseignement de l’arabe à l’école publique. 4. Une réflexion doit enfin être engagée sur l’absence de l’islam du concordat qui régit, encore aujourd’hui, la relation entre les cultes et l’État en Alsace-Moselle. Il en va de l’égalité entre les citoyens et de la capacité de l’État de créer une faculté de théologie capable de travailler rapidement sur des interprétations religieuses compatibles avec la société française d’aujourd’hui. 5. Lever les ambiguïtés qui pèsent sur certaines pratiques locales (baux emphytéotiques, carrés confessionnels, garanties d’emprunt) afin de garantir aux musulmans que ces pratiques juridiques sont conformes à la Constitution. INSTITUT MONTAIGNE Institut Montaigne : 59, rue La Boétie – 75008 Paris Tél. +33 (0)1 53 89 05 60 – Fax +33 (0)1 53 89 05 61 – http://www.institutmontaigne.orghttp://www.desideespourdemain.fr

 

Faire émerger un islam français : les propositions de l’Institut Montaigne

• Étendre le concordat à l’islam en Alsace-Moselle afin d’assurer la formation des cadres religieux musulmans en France. L’islam n’est pas intégré au régime concordataire alsacien et mosellan. Par conséquent, le financement du culte musulman – et plus largement celui des nouveaux cultes – n’est pas aligné sur le régime dont bénéficient les quatre cultes reconnus (catholique, luthérien, calviniste, juif). • Permettre le financement du culte (construction des lieux de culte, salariat des imams, formation théologique) par l’Association musulmane pour un islam français, qui centralisera le produit d’une redevance sur la consommation halal. Pour que l’islam français puisse se doter d’une ligne théologique compatible avec la société française et afin qu’il puisse rompre avec les discours diffusés par les États émetteurs d’idéologie rigoriste, il faut créer des instances – gérées par une nouvelle génération de musulmans – capables de produire et de diffuser des idées et des valeurs françaises. • Élire un grand imam de France afin de conduire le travail intellectuel et théologique destiné à poser les jalons d’un islam français. • L’administration recrute des aumôniers, assurant une « fonction » qui, par essence, relève du religieux et du spirituel. Aussi, nous recommandons de créer un Institut français des aumôniers pour former culturellement et recruter des aumôniers. • Équiper juridiquement les collectivités locales pour favoriser l’émergence d’un islam local intégré (baux emphytéotiques, carrés confessionnels, garanties d’emprunt, etc.). Bien qu’interdits par la loi, les carrés musulmans sont encouragés par les autorités publiques, ce qui crée une situation d’insécurité juridique. • Enseigner l’arabe classique à l’école publique pour réduire l’attractivité des cours d’arabe dans les écoles coraniques et dans les mosquées. • Développer la connaissance sur l’islam : – connaître et prendre la mesure de la situation par des statistiques religieuses. La réticence française à l’égard des recensements religieux et des estimations d’appartenance religieuse ne permet pas de suivre finement l’évolution des composantes religieuses au sein de la population ; – rédiger un ouvrage scolaire d’histoire commun avec l’Italie, l’Espagne, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, afin de mettre en perspective historique les apports mutuels et les convergences religieuses et culturelles entre les deux rives de la Méditerranée. • Créer un Secrétariat aux Affaires religieuses et à la Laïcité, placé sous la tutelle du Premier Ministre, et lui rattacher le Bureau central des cultes. Il aurait pour principales missions : – d’adresser un signal politique fort, en sortant les relations avec les cultes du prisme sécuritaire – que peut induire le rattachement actuel du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur –, et en favorisant une logique interministérielle dans les relations avec les différents cultes ; – de répondre à l’administration éclatée de l’imamat, de gérer l’attribution de visas aux imams étrangers, de gérer la formation des aumôniers et l’Institut français des aumôniers, de contrôler les associations cultuelles ; – d’assurer la liaison entre les pouvoirs publics, la Caisse d’assurance vieillesse invalidité maladies cultes (CAVIMAC) et les cultes ; – de garantir l’application de la loi de 1905, la neutralité des services publics, en ne reconnaissant aucun culte et en traitant toutes les confessions religieuses de façon égale ; – d’assurer la police administrative des cultes ; – d’entretenir des relations régulières et constructives avec les autorités religieuses et les associations cultuelles dans chaque département – notamment par la nomination d’un délégué aux affaires religieuses et à la laïcité dans chaque préfecture de département ou de région.